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Les aventures de SunPow 100% électrique et autonome au Maroc : semaine 2

Jour 8

 

 


Reprendre la route

C’est reparti. Les batteries sont presque pleines, 92 %, et le compteur annonce 280 km. De quoi voir venir. De quoi avancer sereinement. Je traverse Casablanca, puis El Jadida. Peu à peu, la route se vide. Le rythme ralentit. 60, 80 km/h. Une progression tranquille, presque méditative.

Sortie de Casablanca

Entée de El Jadida

Paysage en chemin


Une route vivante

Après Oualidia, le décor change. La route devient plus… expressive. Les nids-de-poule ne sont plus des obstacles, ce sont des arguments. Il faut choisir sa trajectoire comme dans un jeu vidéo, version niveau expert. Et puis il y a la faune locale. Vaches, moutons… et un chien qui décide, sans prévenir, que c’est le bon moment pour traverser.

Freinage. Gros freinage. Très gros freinage.       On se regarde une seconde. Lui tranquille. Moi beaucoup moins.

Ici, la route n’est pas un axe.
C’est une négociation permanente.


SunPow

Jour 8… et toujours pas présenté.

Mon compagnon de route : SunPow. Un Toyota Proace, équipé d’une batterie de 75 kWh, préparé pour encaisser la route — notamment grâce aux amortisseurs renforcés par Pierrot. Et heureusement. Parce que ça secoue. Beaucoup. Il a de beaux marchepieds En Inox, des déflecteur d'air sur les vitres avants et surtout... Surtout une énorme caisse en bois noire sur la tête. On dirait un piano qui aurait décider de partir en voyage !!!


Un appétit maîtrisé : Performance inattendue

 

Et ce matin, mon SunPow était en grande forme. Pas une plainte. Pas un caprice.
Et surtout… quasiment pas faim. À croire qu’il a décidé de faire un effort. D’habitude, il est plutôt du genre à réclamer régulièrement. Là, rien. Sage comme une image.

J’arrive au camping Laguna Park, à Oualidia. Et là, surprise. Il me reste encore 30% de batterie après 217 km parcourus. Projection : plus de 350 km d’autonomie avec 100 %. Consommation : 172 Wh/km. Dans ces conditions… c’est presque irréel.


Le vent

Mais un autre élément entre en jeu.

Le vent. Fort. Rafales à 60 km/h. Je regarde les panneaux. Je doute. Est-ce que ça va tenir ? Est-ce que la structure va encaisser ? Pour l’instant, ça tient. Sans haubans.
Mais je garde ça en tête. Peut-être sécuriser. Anticiper.


Les rencontres

À peine installé, mon voisin de droite m’interpelle. Un Allemand, venu de Dortmund. Curieux. Bienveillant. Les questions s’enchaînent, l’intérêt est sincère. Et je réalise, une fois de plus, à quel point ce projet parle aux gens. Après cette discussion, en allemand, quelque chose s’ouvre. Je me surprends à rêver. À imaginer que oui… ça peut marcher. Pas seulement comme aventure, mais aussi comme projet. Il y a tellement de possibilités, tellement d’usages pour ce kit d’énergie, que l’esprit s’emballe. Les idées s’enchaînent, se construisent, prennent forme.


Prendre l’air

Après une multitude de mails, je m’échappe. Une heure, juste une heure. Je descend de mon perchoir pour accéder à la mer à un petit kilomètre. Et déjà, tout change. Le vent souffle fort. Sans relâche. En contrebas, la mer se déchaîne. Les vagues sont énormes, viennent frapper la falaise et explosent en embruns projetés à des dizaines de mètres. Un spectacle brut. Puissant. Le paysage oscille entre dunes sablonneuses et roches volcaniques, sculptées par les flots. Un équilibre fragile, façonné par le vent, l’eau, le temps.


L’écume décide

Je suis là, tranquille, à contempler. La mer est en contrebas. Quinze mètres plus bas. Distance de sécurité validée, pensais-je. Mauvais calcul Une vague plus grosse que les autres arrive. Je la vois. Je la respecte. Elle m'impressionne comme un roquet peut aboyer derrière une clôture. Mais visiblement, ce n’était pas réciproque. Impact direct. Elle frappe la falaise… et m’envoie l’écume en pleine face.

Trempé. Instantanément. C'est un rappel à l’ordre de qualité ! Quinze mètres plus haut… et quand même rincé. Ici, même spectateur, tu participes activement !


Un monde presque vide

La plage est déserte. Totalement.     Au loin, quelques jeunes tracent des dérapages en quad net tourne en boucle, comme une présence furtive dans ce décor sauvage. Même le village semble arrêté.
Rues vides. Commerces fermés. Silence.


Dernières lumières

Il est 19h50. Les derniers reflets du soleil glissent au loin sur la mer, comme un dernier effort avant la nuit. C'est l'équilibre. Ces quelques rayons suffisent. Juste assez pour atteindre l’équilibre sur la batterie additionnelle. Pas plus. Pas moins. Une bonne journée s’achève.

Tout le monde a travaillé : le soleil, les panneaux, la route… et moi avec.


 

Note pour plus tard : Entre élan et équilibre fragile

Je me vois déjà plus loin.
Trop loin, peut-être. J’avance, j’avance… porté par cet optimisme qui me pousse à croire que tout est possible. Mais je me connais. Cet optimisme a un revers. Il est à la hauteur des angoisses que je peux me créer. Plus je crois, plus je projette… Plus les doutes surgissent.

Ce projet commence par une idée simple : produire sa propre énergie, avancer autrement. Très vite, il devient une expérience réelle de transition écologique, vécue kilomètre après kilomètre. Chaque watt compte, mais chaque geste encore plus : conduire autrement, penser autrement.
La technologie accompagne, mais c’est le comportement qui transforme. Ralentir devient une stratégie, presque une philosophie. Le soleil n’est plus une contrainte, mais un partenaire de route. Les limites ne freinent pas, elles redéfinissent le possible. Et dans cet espace, une liberté nouvelle apparaît : celle de choisir son rythme. Entre performance et lâcher-prise, l’équilibre se cherche, s’apprend, se ressent.
Au fond, ce voyage ne parle pas seulement d’énergie… mais de la manière dont on décide d’habiter le monde.


 


 

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