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Les aventures de SunPow avec Xavier au Maroc

Jour 1 :

C’est le départ !

Prévue initialement à 12h00, j’ai enfin pris la route une heure plus tard, ce 23 mars 2026… Ça y est !

Une multitude de sentiments m’envahissent, mais c’est surtout l’angoisse qui prédomine. L’angoisse que tout ne fonctionne pas comme prévu, la peur que les calculs faits depuis des mois ne soient pas les bons, Kévin… C’est donc avec la boule au ventre que je pars. Quitter physiquement cette société portée par la famille, ne plus pouvoir leur consacrer toutes ces heures indispensables… ce n’est pas rien.

Au fond, je sais pourtant qu’ils sont au top et qu’ils gèrent de manière exceptionnelle.

Alors l’excitation prend peu à peu le dessus. Celle d’une aventure préparée depuis des mois, née d’un projet mûri depuis presque quatre ans, un projet fou. J’ai un fourgon aux petits oignons, préparé par une équipe formidable que je remercie de tout cœur : la famille. Une multitude de petits détails qui vont rendre ce voyage exceptionnel. Je les adore !!!

Et puis il y a cette joie intense : le van est prêt, il est magnifique… et il roule !

Les premiers kilomètres, j’ai les yeux rivés sur le compteur. Je surveille sans cesse ma consommation électrique, puis, au fil des kilomètres, cela devient presque un jeu.

Avant de partir, j’ai téléchargé une application qui permet de planifier les trajets et de localiser les bornes de recharge. C’est vraiment rassurant ! Je m’aperçois cependant, au bout de la troisième recharge, qu’elle n’optimise pas vraiment le trajet. En revanche, elle a un immense avantage : elle est fiable et enlève tout stress.

Avec une consommation moyenne de 24 kWh à 100 km/h, j’arrive aux alentours de Barcelone vers 20h pour passer la nuit et recharger les batteries à 100 %.

Jour 2 :

 

Cap vers le sud : quand la route efface les doutes

Après une excellente nuit de sommeil, tout change.

Le corps est reposé, l’esprit plus léger… et l’envie de reprendre la route est immédiate. Alors je roule. Je roule encore. Et je savoure.

Je quitte les alentours de Barcelone avec un objectif clair : descendre toujours plus au sud, en direction de Murcie. Entre les deux, une succession de noms qui résonnent comme une promesse de voyage : Tarragone, Valence, Alicante, Carthagène.  Les kilomètres s’enchaînent, les paysages défilent… et sans même m’en rendre compte, quelque chose s’efface. L’angoisse du départ disparaît peu à peu, comme balayée par la beauté de ce qui m’entoure. La lumière, la mer, les reliefs… tout semble me rappeler pourquoi je suis là, sur cette route, aujourd’hui.

(Les pauses font dépenser... Trop !!!)

Oui, c’est long.  Mais au fond, je m’en fous complètement. Parce que c’est beau.

Et pour la première fois depuis le départ, je ne suis plus en train de me demander si j’ai bien fait. Je suis simplement en train de vivre mon aventure et déjà... A la vitesse de ce que donnera le soleil

 

Jour 3 : 

 

Une nouvelle nuit, un peu plus loin sur la route

Encore une bonne nuit. Une de celles qui font du bien au corps… mais aussi à la tête. Le sommeil est profond, réparateur, presque mérité après tous ces kilomètres avalés. Et au réveil, quelque chose a changé. Moins de tension. Moins de doutes.

Sur la route, chaque nuit semble avoir ce pouvoir étrange : celui de remettre les compteurs à zéro (et les batteries à 100%). Comme si, à chaque étape, l’aventure devenait un peu plus naturelle, un peu plus évidente. Le départ paraît déjà loin.

Entre euphorie et coup de stress : le moment de bascule

Treizième recharge. Un chiffre presque symbolique. Et cette fois, quelque chose de différent : je repars avec un sourire sincère, presque soulagé. L’idée me traverse l’esprit avec une évidence réjouissante… c’est la dernière. Un sentiment de légèreté m’envahit. Comme si une étape venait d’être franchie. Comme si, pour la première fois, tout roulait parfaitement. Et là…

Je fais “le Xavier” dans toute sa splendeur. Insouciant, porté par l’élan, je reprends la route avec cette petite fierté intérieure. Celle du voyageur qui commence à maîtriser son aventure. Les kilomètres défilent. 10… 20… 50. Puis, sans prévenir, la réalité me rattrape. Un doute. Un réflexe. Une vérification.

La carte de recharge. Introuvable. Le vide.

En une fraction de seconde, tout bascule. Sans cette carte, le voyage peut s’arrêter net… ou devenir soudainement beaucoup plus compliqué. L’autonomie n’est plus une simple donnée technique, elle devient une pression. Une urgence silencieuse.

Le contraste est brutal. Quelques minutes plus tôt, tout était fluide, évident, presque facile. Et maintenant, une simple carte oubliée remet tout en question. Mais c’est aussi ça, l’aventure. Ces moments imprévus qui viennent casser le scénario parfait. Ces instants où l’on passe de l’euphorie au doute en un claquement de doigts. Le voyage continue… mais il vient de prendre une toute autre saveur.

Pas le choix. Je fais demi-tour. Avec cette boule au ventre qui revient d’un coup, brutale, incontrôlable. Chaque kilomètre dans l’autre sens est chargé d’espoir… et de scénarios catastrophes. Et si elle n’était plus là ? Et si quelqu’un l’avait ramassée ? Et si tout se compliquait maintenant ? Je roule en priant intérieurement. Le paysage, quelques minutes plus tôt si apaisant, devient flou. L’esprit est ailleurs. Focalisé sur une seule chose : cette carte. Ma fameuse carte de recharge. Celle sans laquelle tout peut basculer.

J’arrive sur le parking. Le cœur qui accélère. Je descends du van. Et là…

Comme un petit miracle. Elle est là. Toute bleue. Posée. À m’attendre. Le soulagement est immédiat. Puissant. Presque irréel. Je la regarde comme si c’était un trésor. Je n’en reviens pas. En quelques minutes, je suis passé du pire scénario imaginable à une chance incroyable. Comme si la route m’avait testé… avant de me faire un clin d’œil.

Cette fois, c’est sûr : Je ne suis pas prêt de l’oublier : je lui installe une place en vue et définitive.

Contre toute attente : l’embarquement inespéré

Après cette frayeur, une chose est sûre : je ne prends plus aucun risque.

L’euphorie retombe, remplacée par une forme de prudence presque extrême. Et avec elle, une déception : mes espoirs de prendre le ferry ce soir s’écroulent. Trop d’imprévus, trop d’incertitudes… cette fois, je préfère assurer. Je prends donc un billet pour le lendemain, départ à 8h00. C’est acté. Alors je reprends la route. Sans pression. Sans réel espoir d’autre chose. Juste avancer, tranquillement, jusqu’au port. 19h30. J’arrive.

Sans trop réfléchir, je m’engage. Une barrière. Puis une autre. Et là… je passe. Presque mécaniquement. Sans vraiment comprendre ce qu’il se passe. Tout s’enchaîne très vite. Je me retrouve dans une file indienne, entouré d’autres voyageurs. Direction : Tanger.

 

Image

L’ambiance est étrange. Un mélange d’excitation, de routine et d’impatience. Les gens discutent. Moi aussi. Et là, presque naturellement, j’avoue. Je me suis trompé. Je n’étais pas censé être là. Pas ce soir. Pas dans cette file. Et pourtant… Contre toute attente, contre toute logique… on me laisse avancer. Mieux encore : j’embarque. Sans vraiment y croire. Comme si la réalité avait décidé, une fois de plus, de dépasser le plan initial. Ce moment a quelque chose d’irréel. Quelques heures plus tôt, tout semblait compromis. Et maintenant, me voilà en train de monter à bord, porté par une suite d’événements improbables.

Comme quoi, sur la route… Rien ne se passe jamais vraiment comme prévu.

Bienvenue… ou presque : l’épreuve de la douane

Une heure plus tard, nous voilà débarqués.

Nouveau pays. Nouvelle énergie. Mais avant de vraiment poser un pied dans cette nouvelle aventure, il reste une étape… et pas des moindres : la douane. Et là, le ton est donné. Deux heures. Deux longues heures de contrôle minutieux. Ici, rien ne passe au hasard. Chaque détail compte, chaque véhicule est scruté. Et le mien, visiblement, attire l’attention.

Le scanner d’abord. Ce fameux “gros machin” posé sur le toit intrigue. Forcément. Alors le van y passe entièrement. Inspection approfondie. Sérieuse. Rigoureuse. Puis vient la fouille. Complète. Chaque recoin est inspecté, ouvert, vérifié. Une vraie immersion dans les coulisses de mon propre véhicule. Et comme si ça ne suffisait pas : un chien renifleur entre en scène. Moment suspendu. Il s’approche… renifle… insiste. Visiblement, le mélange entre l’odeur du bois et mon produit de vap au pamplemousse a piqué sa curiosité, je crois qu'il aime. Un instant presque comique dans cette atmosphère très cadrée. Mais au final ?

Rien.

Aucune arme. Aucun produit dangereux. Rien d’illicite. Et surtout… des douaniers. Professionnels, exigeants… mais aussi étonnamment sympathiques. Le genre de rencontre qui marque, et qui rappelle que derrière les procédures, il y a aussi de l’humain. Le verdict tombe enfin. Je distribue à chacun des cartes de visites. Ils sont ravis et moi aussi.

Je peux repartir.

Direction le camping. Et cette fois, c’est la bonne : je vais enfin pouvoir dormir.

Vraiment.

Jour 4 :

Le réveil… et la revanche du soleil

Je me réveille. Un instant de flottement. Je ne sais plus vraiment où je suis. Puis, doucement, la réalité revient. J’ouvre le van… et le soleil m’accueille, franc, éclatant. Le genre de lumière qui te rappelle instantanément que tu es ailleurs. Que l’aventure est bien réelle.

La journée commence.

Réflexe immédiat : je déploie les panneaux solaires. Tout est devenu presque automatique. Et très vite… je scrute. La charge. Encore. Et encore. Chaque minute compte. Chaque watt aussi. Mais quelque chose cloche. 500 W/h. Ce n’est clairement pas ce que j’attendais. Pas du tout, même. Un léger doute s’installe. Les calculs ? Faux ? Optimistes ? À côté de la plaque ? Et puis… Évidence.

Encore une “Xavette”.

Je regarde autour de moi. Le van. Son orientation. L’ombre. Et là, tout s’explique. Le véhicule est garé dans le mauvais sens. Le haut de l’installation projette de l’ombre sur le panneau du bas. Un détail… mais qui change tout. Je corrige. Je pivote. J’ajuste. Et là… 1850 W/h.

La différence est spectaculaire. Instantanée. Et surtout… rassurante. Les calculs sont bons, Kévin !! Un mélange de fierté, de soulagement et presque d’amusement. Comme quoi, parfois, ce ne sont pas les grands principes qui posent problème… mais juste l’angle du soleil. Une nouvelle journée commence. Et cette fois, tout fonctionne parfaitement.

Une journée de rencontres… et de langues mêlées

La journée file à toute vitesse. Entre deux tentatives pour écrire ce blog, les rencontres s’enchaînent. J’essaie de poser des mots, de structurer, de raconter… mais taper pour ceux qui me connaissent sur un clavier devient presque une torture. Comme si mes mains n’étaient plus faites pour ça, ou peut-être simplement parce que la réalité, là dehors, est bien plus captivante que l’écran.

Car ici, impossible de passer inaperçu. Le prototype intrigue. Attire. Questionne. Les gens s’approchent, observent, demandent. Et très vite, les échanges commencent. Naturels, spontanés, presque évidents.

Alors je m’adapte. Je révise mon allemand. Quelques mots, quelques phrases, parfois hésitantes… mais toujours comprises. Puis l’anglais prend le relais, plus fluide, plus instinctif. Et comme si ça ne suffisait pas, je tente même quelques mots de russe. Avec un Polonais. Qui, visiblement, n’apprécie pas vraiment cette langue, je comprends.... Moment suspendu. Légèrement gênant… mais presque drôle aussi. Une de ces petites scènes improbables que seul le voyage peut offrir.

Au fil des heures, je réalise que ce voyage n’est pas seulement une aventure mécanique ou personnelle. C’est une aventure humaine. Chaque rencontre apporte quelque chose. Une question, un sourire, une surprise. Et parfois même, un petit défi linguistique. Le blog attendra. La route aussi.

Aujourd’hui, ce sont les gens qui comptent.

 

Jour 5 : On verra demain !... Et c'est déjà demain !


Plein soleil, cap au sud

L’aube ouvre une nouvelle étape, et avec elle un rituel désormais incontournable : nettoyer les panneaux. Après la traversée de l’Espagne, ils étaient marqués par la route — poussiéreux, fatigués… mais prêts à repartir. Quelques minutes suffisent pour leur redonner tout leur potentiel.


Une énergie qui rassure

La veille a réservé une belle surprise. Malgré une matinée en partie à l’ombre, la recharge a permis de récupérer l’équivalent de 62 km, sur une consommation de 13 950 W. Un résultat solide. Presque inattendu. Et surtout, profondément encourageant.

Alors aujourd’hui, l’ambition monte d’un cran. Une idée s’impose : tenter de rejoindre Rabat d’une seule traite. 292 km par la nationale. Cinq heures de route. Un pari audacieux… mais porté par une confiance nouvelle. Rouler, capter, avancer. Trouver l’équilibre parfait entre vitesse et énergie. Et surtout, continuer à croire que chaque rayon peut faire la différence. Parce qu’au fond, ce voyage ne se mesure pas seulement en kilomètres — mais en possibilités.

Prêts à foncer, mais pas trop !

Les batteries sont à 92 %, le compteur indique 303 km possibles. Chaque chiffre respire la confiance : ça va le faire. Après tout le travail de préparation et l’énergie déjà captée, la route est prête, les panneaux aussi. Chaque rayon de soleil devient carburant pour avancer.

La Xavette qui secoue… et qui recharge l’esprit

Je roule tranquillement sur la Nationale 1, un peu moins concentré que d’habitude, quand j’entre dans Laouamra. Limite à 40 km/h, je respecte. Et pourtant, le van décide de prendre son envol. Un dos‑d’âne surgit — pas un simple ralentisseur, non, une véritable montagne plantée au milieu de la route — et tout l’arrière du van explose en un fracas spectaculaire.
Je m’arrête. C’est le chaos là‑derrière. Je respire, je remets un semblant d’ordre, puis je repars, encore secoué mais rien de cassé ! Solide l'affaire. Quelques kilomètres plus loin, nouvelle pause : il faut vérifier les panneaux solaires, le cœur du système. Je déploie tout, je laisse retomber l’adrénaline… et là, plein soleil, 2006 W. Ça charge comme un champion. Rien de cassé. Juste une bonne secousse et une histoire de plus à ne pas raconter.
Je range, je souris, et je reprends la route, un peu plus léger. Parce qu’une Xavette, ça secoue parfois… mais ça rappelle aussi que tout continue d’avancer.

Une arrivée paisible… vers la suite du voyage

La fin de journée glisse avec une douceur inattendue. La route se calme, le paysage s’ouvre, et je sens cette tranquillité rare qui accompagne les derniers kilomètres. À l’entrée d’un village, les forces de l’ordre me font signe. Ils m’arrêtent simplement pour me saluer, me souhaiter la bienvenue. Un geste simple, presque chaleureux, qui donne au trajet une saveur encore plus douce.
Je poursuis sans tension. À une centaine de kilomètres de Rabat, je ne serre même plus les dents. Le compteur m’affiche un clin d’œil rassurant : 145 km d’autonomie, exactement ce qu’il faut pour atteindre cette étape sans le moindre stress. Le soleil descend, la lumière devient dorée.
Il est 16h30 quand j’aperçois enfin Rabat. Pas la destination finale, juste une pause, un souffle, un point sur la carte avant la suite. Mais une étape qui marque la fin d’un tronçon paisible, presque symbolique.
J’arrive. Et le voyage, lui, continue.


Cap sur l’océan

Une heure de route après la jolie ville de Rabat, et ses monuments emblématiques — la Kasbah des Oudayas et la Tour Hassan — je découvre enfin mon refuge pour la nuit : le camping Océan Bleu, à quelques dizaines de mètres seulement de la plage.


Accueil chaleureux

 

Comme partout au Maroc, l’accueil est généreux, presque amical. Ici, pas de formalités froides, juste des sourires et une ouverture qui donnent immédiatement envie de se poser et de savourer le moment.


✍️ Le voyage continue, bercé par le bruit des vagues.


Note pour plus tard : Le secret de l’énergie parfaite ?

Au fil des kilomètres, une évidence s’impose : chercher l’énergie parfaite — le réglage des panneaux, leur nettoyage, la tension des batteries, la charge optimale pour la borne interne de SunPow — ne suffit pas si la conduite n’est pas accompagnée par le bon sens..

L’énergie n’est rien sans la maîtrise de la route. La conduite douce, lente dans la mesure du raisonnable, préventive et anticipée devient alors la véritable clé. C’est elle qui transforme chaque rayon de soleil en autonomie supplémentaire. Chaque geste sur la pédale, chaque anticipation de virage ou de relief, chaque arrêt ou reprise calculé, participe à l’économie d’énergie… et donc à une conduite réellement écologique.


Gains mesurables, le bon sens paysan qui se perd

Jour après jour, je vois la consommation diminuer. Chaque kilomètre devient plus léger. 20 W par km gagnés, ça représente 2000 W sur 100 km — une heure de soleil captée en plus rien qu’en ajustant la conduite.

Une logique simple, mais profonde. Une fois exprimée, elle paraît évidente : le bon sens. Ce vieux bon sens paysan, celui qui guide depuis toujours ceux qui vivent de la terre et du soleil, m’accompagne sur la route. Respecter le rythme, anticiper, être attentif à chaque détail… et tout devient possible.

Énergie et humilité

Ce n’est pas seulement technique. C’est une leçon d’humilité et de patience. La puissance, le rendement, la vitesse : tout se plie au rythme naturel du voyage, au respect des éléments. Et c’est exactement là que réside la magie de ce voyage solaire.

✍️ Chaque rayon capté est un hommage à la patience, au bon sens et à la route.

Jour 6 : Repos de SunPow 

 

L’envie de se perdre

Aujourd’hui, une envie presque irrépressible : me perdre. Sortir du cadre, lâcher la trajectoire, suivre simplement le mouvement. Un taxi m’emmène vers la Kasbah de Mohammédia. La route longe la côte, entre éclats de lumière et vie locale. Peu à peu, l’atmosphère change : ruelles animées, odeurs mêlées d’iode et d’épices, voix qui résonnent entre les murs clairs. Là-bas, le temps semble ralentir. On marche sans but précis, on observe, on se laisse porter. Chaque coin de rue raconte quelque chose.

                 

Au détour des ruelles

Dans les petites rues de la Kasbah de Mohammédia, je tombe sur une scène inattendue. Un atelier discret, presque caché, d’où s’échappent chaleur et odeurs singulières. Un ouvrier m’explique, ou du moins essaie. Je ne suis pas certain d’avoir tout compris… mais l’essentiel est ailleurs.

 

Le gardien du feu

Au cœur de cet endroit, une énorme chaudière. Vivante, presque. Elle respire, gronde, demande une attention constante. Et face à elle, un homme. 77 ans. Depuis des années, il alimente sans relâche cette bête de métal, jour et nuit, pour transformer le vin en nectar. Un travail répétitif, exigeant, presque invisible — et pourtant essentiel.

         


Une rencontre

Je reste longtemps avec lui. Le temps ralentit, comme suspendu entre deux flammes. Son regard est doux, son sourire sincère. Il parle avec simplicité, avec cette chaleur humaine qui dépasse les mots, même quand ils manquent pour tout comprendre. Il y a chez lui quelque chose de profondément apaisant. Une présence. Une dignité tranquille.


La richesse des instants

Dans ce voyage, il y a les kilomètres, les paysages… et puis il y a ces rencontres. Celles qui ne se prévoient pas.

Celles qui ne s’expliquent pas toujours.
Mais qui marquent durablement.

Le retour se fait autrement. Transports en commun, visages croisés, puis une longue marche. Une transition lente, presque nécessaire.


L’instant immédiat

Et puis, enfin, la mer. Les pieds dans l’eau pour la première fois. Une sensation simple, presque évidente. Ancré dans l'instant, mes pieds sont soudés dans le sable. Plus aucune envie de bouger. Juste être là. La mer frappe les rochers, projette l’écume en geysers. Le bruit claque, puissant… et pourtant apaisant.

Je regarde.
J’écoute. 1, 2, 3, 4… La cinquième est plus forte. Puis ça retombe. Et ça repart. Un cycle. Hors du temps, je me laisse prendre au jeu. Observer, compter, ressentir.

Et sans m’en rendre compte… une heure est passée. Retour au réel ; le corps rappelle à l’ordre : merde j'ai les pieds gelés !!!!

✍️ Contempler, c’est parfois oublier… jusqu’à se retrouver.

 


Face à l’océan

À partir de 15 heures, je prends la canne à pêche et je m’installe au bord de l’eau. Mais très vite, je comprends : aujourd’hui, il ne s’agit pas de prendre du poisson. Ce que je prends, c’est autre chose. Le vent, d’abord, qui s’invite sans prévenir. Les embruns, qui salent la peau. Le soleil, qui frappe doucement puis s’impose. Et même la mer elle-même pour m'inviter chez elle me fait une farce ; je finis trempé, comme happé par l’instant.

                 

 

Se laisser traverser

Parfois, il ne s’agit pas de maîtriser, ni même de chercher un résultat. Juste être là, et laisser le monde nous traverser. Aujourd’hui, je ne me suis pas perdu.
Je me suis trouvé autrement.

 

✍️ Se perdre, c’est parfois la meilleure façon d’arriver quelque part.


Un bilan… relatif

Aujourd’hui, le rendement n’est pas exceptionnel. Une partie de la journée à l’ombre, une production plus limitée. Et pourtant : un peu plus de 13 000 W récupérés, soit environ 65 km d’autonomie si je garde la consommation moyenne que j'ai depuis Tanger. Suffisant. Simplement.


Là où tout change

Mais aujourd’hui, ça n’a presque aucune importance.

Parce qu’ici, je suis bien.
Vraiment bien. Le temps ralentit, l’air apaise, et l’envie d’optimiser laisse place à celle de profiter.


Le choix

Alors je reste.

Une journée de plus.
Peut-être une demi.
Peut-être deux.

Peu importe.


Liberté totale

Ce voyage n’est plus une question de performance. C’est une question de ressenti. Et aujourd’hui,  je m’en fous. C'est samedi et demain sera dimanche.


✍️ Avancer, c’est aussi savoir s’arrêter.

 

 

Jour 7 : Un vrai dimanche 


 


Une rencontre inattendue

Dès le matin, mon voisin d’emplacement s’approche. Il me regarde, hésite un instant, puis lâche :
« Bon sang… mais c’est vous, sur internet ? » La discussion s’installe, naturellement. Elle dure. Je le sens ému, sincère dans ses mots. Et pendant quelques secondes, une sensation étrange me traverse : celle d’être… reconnu. Comme une star, presque. Puis très vite, je redescends.


Le reflet du voyage

« C’est certain, c’est bien vous que j’ai vu sur Vanlife Magazine ! » Ses mots résonnent autrement. Ce n’est pas vraiment de moi qu’il parle.
C’est du voyage.
De ce qu’il raconte.
De ce qu’il transmet.


✍️ Parfois, le voyage revient à soi à travers le regard des autres.

 

Une mission simple

Le vrai objectif du jour est clair : trouver un hammam.

Le dos tire, le corps réclame une pause. On est dimanche. Il est temps de s’occuper un peu de soi.


À la recherche du lieu juste

Je demande autour de moi. Aux habitants, aux regards, aux habitudes locales. Une seule question : où trouver un vrai hammam, traditionnel, authentique ? Une réponse revient. Évidente. Le Hammam Al Rama, à une dizaine de kilomètres. Banco.


Derrière la porte

J’y arrive. Tout semble fermé.

Silence. Je toque. Une porte s’ouvre. Et derrière, un autre monde. Un vrai hammam, brut, sans artifice. Le gérant m’accueille simplement, sans détour. Il me tend deux seaux, une  petite coupelle.

 

Plonger dans le rituel

Très vite, je comprends que je ne suis pas simplement dans un lieu… mais dans un rituel. Le hammam traditionnel marocain suit une logique simple, presque ancestrale : trois salles, trois étapes, une montée progressive.  De la tiédeur à la chaleur.

La première salle est tiède. C’est une transition. Le corps s’habitue, respire, relâche doucement les tensions du voyage. Puis vient la deuxième. Plus chaude. La vapeur s’installe, la peau s’ouvre, la chaleur pénètre plus  profondément. On commence à lâcher prise. Enfin, la troisième salle. La plus chaude. Dense, enveloppante. Ici, tout ralentit. La chaleur devient presque totale, elle dissout les dernières résistances.

Avec mes deux seaux et ma petite coupelle, j’entre dans le rythme. L’eau, les gestes, la répétition. Rien de compliqué, mais tout est précis. On se lave, on se rince, on recommence.

 

Se retrouver

Dans cette chaleur, quelque chose se dénoue. Le corps, bien sûr… mais aussi l’esprit. Le hammam n’est pas seulement un bain. C’est une pause. Un retour à l’essentiel.

 

L’angoisse monte

Je demande un gommage. Sur le papier, ça paraît simple. Mais en face de moi, la réalité est tout autre. Un homme est en train de se faire masser. Enfin… masser. Le mot semble faible. Sous les mains de l’employé, son visage se transforme, se contracte, grimace. Chaque pression arrache une réaction.

Et moi, je regarde ça.


Le doute

Une pensée me traverse : je n’ai pas une peau de Marocain. L’hésitation s’installe. Peut-être que le hammam, finalement, est largement suffisant. Peut-être que je peux m’arrêter là.

Je commence presque à reculer.


Trop tard

Je me retourne. Et là, une main sur mon bras. « C’est ton tour. » Plus d’échappatoire. Et dans ma tête, une seule chose :
aïe… aïe… aïe.

Le choc… culturel

Il m’installe sur le ventre, directement sur le sol chaud. Là déjà, je comprends que je ne suis plus dans mon spa habituel. Et puis… aïe. Non, pardon. AÏE.


Ses mains entrent en scène sans prévenir. Ça frotte, ça appuie, ça insiste… avec une conviction impressionnante. À ce stade, je ne sais plus trop si je suis en train de me détendre ou de passer un examen. Et alors, le meilleur moment. À chaque changement de position… CLAC :  Une grande claque bien placée, comme un starter de course. Pas besoin de traduction. Le message est clair : “On y va.” Résister ? Mauvaise idée ! Très vite, je comprends que lutter ne sert à rien. Alors j’abandonne. Je me laisse faire. J’accepte mon destin. Et contre toute attente… ça commence presque à faire du bien ou presque !

 

 

Décapage intensif

Je ressors de là… rouge vif de la tête aux pieds. À ce stade, une pensée très technique me traverse : la ponceuse à bande de l’atelier est probablement moins agressive. Ce que je viens de vivre, c’est un mélange assez unique : un peu de rabotage, une touche de délignage, et, pour finir, une séance de chiropraxie improvisée.

Un concept. Épreuve validée. Je sors vidé. Littéralement essoré. Mais avec un petit sourire. Parce que contre toute attente, et contrairement à ce que je pensais encore quinze minutes plus tôt…

Je me sens bien. Je rentre à pied. Une bonne dizaine de kilomètres. À chaque pas, quelque chose revient : le sourire. Je repense à l’expérience, et je rigole tout seul.

Tentation irrésistible

Et puis… je tombe sur un Decathlon. C’est plus fort que moi. Il faut que j’y aille.

À l’intérieur, changement d’ambiance. Les prix sont élevés. L’atmosphère aussi. Ici, ce n’est plus le même Maroc. Rien à voir avec la Kasbah de Mohammédia de la veille. Je reste là, une bonne demi-heure. À regarder. À comprendre. Les gens, les gestes, les habitudes. Un autre visage du pays. Une autre réalité.


✍️ Voyager, c’est aussi apprendre à voir les contrastes.


 


 


 

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